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Point de vue | Faire évoluer la loi “Fin de vie” : quels risques prend-on ?

Tribune par Fabienne Mignot, Brigitte Roullé et Rémy Lescure publiée le 28 mars 2023 dans Ouest France.

Le sujet de l’évolution des lois sur la fin de vie s’est installé sur la scène politique et sociétale. Une convention citoyenne sur la fin de vie a été créée. Le Conseil Consultatif National d’Éthique (CCNE) a introduit une voie pour une application éthique de l’aide active à mourir. Une majorité de députés semble prête à légiférer pour ouvrir le droit à l’euthanasie. Les enquêtes d’opinion semblent confirmer ce souhait.

Et pourtant, nombre d’entre nous se sentent interpellés, voire inquiets, par cette volonté sociétale et législative.

Ce plaidoyer est un appel à la prudence dans nos réflexions. Être prudent – et comment ne pas l’être sur un sujet aussi sensible ?-, c’est faire l’effort de prévoir les implications et les conséquences, souvent ni souhaitées ni attendues, d’une décision non réversible. Or, la situation actuelle nous conduit à trois constats qui sont autant d’inquiétudes.

Le premier constat est circonstanciel. Imposer par la loi la mise en œuvre, le contrôle et l’exécution de nouvelles directives aussi lourdes, sur un personnel médical exténué, parfois découragé, souvent en sous-effectif, en quête de sens et concentré depuis trois ans sur la crise sanitaire, serait déraisonnable. Pour illustration, la proposition de loi Falorni indique que lorsqu’une personne demande à son médecin traitant une assistance médicalisée pour mourir, celui-ci saisit sans délai deux autres praticiens […] Dans un délai maximum de quatre jours suivant cet entretien, les médecins lui remettent […] un rapport comportant leurs conclusions sur son état de santé […]. Alors même qu’il devient de plus en plus difficile de trouver un médecin pour se soigner, il serait inapproprié, voire irresponsable, de légiférer précipitamment sur ce sujet.

Le second constat porte sur la responsabilité. Pourquoi le médecin, qui se trouverait en position de ne plus pouvoir soigner, devrait-il être l’acteur de la bonne mort de son patient ? Il ne s’agit pas là uniquement d’ajouter à l’arsenal thérapeutique une nouvelle molécule, mais d’aider un être humain à mourir. Existe-t-il un statut humainement soutenable pour une équipe de soignants, dont le rôle consisterait à exécuter la volonté de mourir d’une personne que, jusque-là, elle soignait ?

Le troisième constat porte sur les dérives potentielles. Le nombre de demandes est croissant dans tous les pays ayant mis en place une loi de ce type. En parallèle, le nombre de personnes victimes de pathologies graves, incurables et entraînant des souffrances est en constante augmentation. Il est à craindre que des pressions sourdes, voire insistantes, encouragent les personnes vulnérables ou âgées à se penser comme des fardeaux inutiles. La dérive eugéniste serait alors d’autant plus forte qu’elle se trouverait associée à un marché de la mort donnée devenu lucratif.

La question essentielle est : quel nouveau rapport civilisationnel devons-nous élaborer, dans une société où l’espoir de vivre longtemps s’accroît en même temps que le nombre de personnes, âgées ou non, affligées de maladies, de handicaps et de dépendances ? Pour y répondre, il va nous falloir inventer. Multiplier les formations aux soins palliatifs et leur personnel. Mettre en place une série de facilitations fiscales et sociales pour soutenir les accompagnants, organiser le recueil des dernières volontés, et sûrement d’autres choses encore…

Autant de pistes à explorer, avant de décider trop vite de nouvelles mesures potentiellement problématiques.

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