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Tribune dans Les Echos | Deux pistes pour résoudre le scandale des déserts médicaux

Des millions de Français vivent dans des déserts médicaux, faute de volonté politique pour bousculer un système à bout de souffle. Pourtant, des solutions existent, assurent Jean-Paul Tran-Thiet, avocat et président du conseil d’orientation du Cercle Pollen, et Jean-Luc Mathieu, conseiller-maître honoraire à la Cour des comptes.

TRIBUNE INTEGRALE DANS LES ECHOS

« Imagine-t-on des enseignants choisir où exercer selon leur bon vouloir ? » : « Deux pistes pour résoudre le scandale des déserts médicaux »

Pour le Cercle Pollen, la prévention doit être la priorité de notre politique de santé, notamment la lutte contre les addictions et la sédentarité. Toutefois, la bonne répartition de l’offre de soins fait toujours défaut. Malgré l’amélioration de la démographie médicale (la question du nombre de médecins en exercice en France est en voie de résolution), presque tous les territoires sont confrontés à des pénuries. Des initiatives locales tentent d’y faire face mais il n’existe pas, à l’échelle nationale, d’action cohérente destinée à supprimer les « déserts médicaux » dont souffrent des millions de Français.

Pourtant, des solutions ont été identifiées. Au Sénat, le Rapport « Déserts médicaux ; agir vraiment », proposait d’instaurer un conventionnement sélectif des médecins par l’Assurance maladie, pour les inciter à s’installer dans les zones sous-dotées. Dans une note publiée par Terra Nova le 26 mai 2025, le Directeur général de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris proposait que tout médecin installé en secteur 2 (c’est-à-dire autorisé au dépassement d’honoraires) consacre quelques jours par mois à des consultations dans un site choisi par l’Agence régionale de santé.

Ces propositions convergent largement, mais aucun gouvernement n’a traité ce problème, de peur de susciter la colère des médecins. Cette colère s’est déjà manifestée par des mouvements de grève pour protester contre des réformes qu’ils qualifient de purement comptables. Elle rencontre un large soutien dans l’opinion, alors même que les revenus des professionnels de la santé sont principalement issus de prélèvements obligatoires, sans aucune contrepartie, ni d’installation, ni de permanence des soins. Personne, pourtant, n’imaginerait que des enseignants ou des policiers invoquent leur liberté ou leurs attaches familiales pour exercer où ils veulent et quand ils veulent.

Le Cercle Pollen est convaincu que l’on peut et doit faire évoluer ce système.

Cela pourrait commencer par le lancement d’un grand débat national permettant une prise de conscience et l’émergence de solutions innovantes. Des conférences citoyennes devraient être organisées par le CESE et les CESE régionaux qui y trouveraient une source de légitimité de leur fonction. Des experts ouvriraient la discussion, issus d’agences régionales de santé, de collectivités territoriales et d’autres parties prenantes, tels les syndicats professionnels et l’Académie de médecine. Des citoyens tirés au sort sans aucun biais ouvriraient alors un exercice de démocratie participative. Leurs conclusions ne seraient pas décisionnelles, mais permettraient d’améliorer la prise de conscience et de faire émerger d’autres propositions, à soumettre au parlement et au gouvernement.

Dans ce cadre, deux pistes d’amélioration devraient être approfondies :

  • Demander à l’Assurance maladie d’utiliser l’outil du conventionnement. Dans l’immédiat, il s’agirait de subordonner tout nouveau conventionnements à un généraliste dans le « secteur 2 », ouvrant  la faculté de dépassements d’honoraires, à une installation dans un désert médical identifié (https://www.data.gouv.fr/reuses/carte-des-deserts-medicaux-en-france-le-nouveau-pacte-gouvernemental/). Le même régime pourrait progressivement être étendu aux spécialistes désireux de s’installer dans des zones où la densité de confrères excède la moyenne nationale. À terme, lorsque la démographie médicale sera redressée, le simple conventionnement, même en secteur 1, ne devrait plus être accordé sans condition liée au bon service des territoires. Cela permettrait de créer et de faire respecter, dans toute la France, un plan d’homogénéisation de la disponibilité des soins.
  • Renforcer le rôle des paramédicaux « de pratique avancée », en particulier des infirmières et infirmiers, afin qu’ils contribuent à une amélioration de l’offre de soin. Le décret du 24 décembre 2025 qui élargit les compétences des infirmiers est insuffisant. Il faut développer la pratique avancée des paramédicaux, en aidant financièrement ceux qui s’engagent dans une formation complémentaire et en revalorisant sensiblement leur rémunération. Un tel développement améliorerait sensiblement, sous le contrôle de médecins, le fonctionnement des maisons de santé créées par les collectivités territoriales.

Par Jean-Paul Tran Thiet, Président du Conseil d’Orientation du Cercle POLLEN et Jean-Luc Mathieu, Conseiller-Maître honoraire à la Cour des comptes, membre du Conseil d’Orientation de POLLEN

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