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Conjurer le désastre “quoiqu’il lui en coûte” | Par Gilles Savary

Dans l’Opinion du 8 octobre, l’ancien député PS de la Gironde, et président d’honneur du Cercle Pollen, Gilles Savary, émet l’idée d’un gouvernement technique pour sortir de la crise politique que traverse le pays, depuis la démission du Premier ministre Sébastien Lecornu.

Comme si la crise parlementaire ne suffisait pas à l’embarras du pays, la coalition minoritaire au pouvoir se paye une crise de nerfs publique, pudiquement qualifiée de « manque de fluidité » par le Premier ministre démissionnaire.

Du coup le President, plutôt que de rebattre les cartes a trouvé judicieux de remettre en selle Lecornu 2, non pas pour tenter de surmonter la crise parlementaire qui paralyse l’Etat depuis 2024, mais pour régler les affaires de famille du bloc central… Pour l’y aider, il a brandi à mots couverts et à destination du dynamiteur du nouveau gouvernement, Bruno Retailleau, la menace d’une nouvelle dissolution !

Peut être, en pareille circonstance , le Président trouve-t-il une intime satisfaction à prendre le contre-pied des pronostics et des analyses des plus fins experts en crise politique, sauf qu’il a déjà démontré avec éclat, lors de la calamiteuse dissolution du 9 juin 2024, les limites de ce type de bravade.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on peine à trouver un sens politique à la folle séquence qui se déroule sous nos yeux.

Malgré ses qualités personnelles et son abnégation, on voit mal Lecornu 2 être plus convaincant que Lecornu 1 auprès d’oppositions peu enclines à voler au secours du macronisme au moment où il prend l’eau ; ni d’ailleurs prémunir durablement son frêle esquif gouvernemental des états d’âmes grandissants d’un LR au bord de l’implosion entre ceux qui rechignent à quitter le navire, ceux qui ne veulent pas sombrer avec lui, et tous qui s’interrogent sur leur survie d’après, avec un RN ultra dominant à droite.

Là ou l’on perd pied, c’est quand le Président de la République brandit la menace d’une dissolution vertigineuse dont lui et son parti seraient très probablement les principales victimes.

Passe encore si le RN y obtient une majorité à l’Assemblée, qui le sauverait personnellement du naufrage de son camp par une cohabitation jusqu’au terme de son mandat !

Mais rien n’est moins sûr, et à défaut, il se trouverait personnellement exposé à la marée montante difficilement résistible, des demandes de démission avant terme.

Ce scénario devient plausible.

Ce serait celui d’un échec cinglant du dépassement macroniste, non pas simplement par la restauration du vieux clivage gauche-droite, mais par la consécration de sa version radicalisée : le RN aux portes du pouvoir, et face à lui Mélenchon, validé dans sa demande de destitution et drapé pour 2027 d’un leadership « antifasciste ».

C’est en cela, bien plus encore que dans la paralysie parlementaire, que la crise politique que nous traversons devient grave et très préoccupante pour l’avenir du pays.

La responsabilité de la crise politique que traverse la France trouve son origine dans la dissolution d’amour propre opérée par le Président en 2024, mais aussi dans le refus obstiné des partis d’épouser, à l’issue des législatives, l’esprit du front républicain spontanément manifesté par les électeurs. 

C’est cette responsabilité collective, qui explique, au-delà des sectarismes et des finasseries tactiques des appareils, le profond discrédit qui frappe indistinctement tous les partis, à l’exception de
« celui que l’on n’a pas essayé » qui attend que le fruit de la colère du peuple lui tombe dans l’escarcelle. 

“Le RN aux portes du pouvoir (…) les partis républicains n’ont rien à gagner au suicide collectif“

Il faut sortir au plus vite de cette crise délétère pour le pays et pour la République.

Le Président en a le devoir, et il lui en reste encore quelques moyens, n’en déplaise à l’alternative entre dissolution et démission posée par Marine le Pen, à condition qu’il fasse enfin son deuil du maintien obstiné de son camp minoritaire au pouvoir, comme Mitterrand a su le faire en d’autres temps.

A défaut de majorité parlementaire pour ce faire, et puisqu’un gouvernement de gauche minoritaire et divisé ne durerait guère plus que ses prédécesseurs, il lui reste au moins à tenter la nomination d’un Premier ministre indépendant des forces en présence ou la constitution d’un gouvernement technique, et à convaincre les partis républicains qu’ils n’ont rien à gagner au suicide collectif.

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