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Appel au sursaut

La France est en crise : pour couvrir sa dette, elle emprunte à des taux qui dépassent ceux qui sont imposés à la Grèce ; la violence physique et verbale s’installe dans la vie quotidienne des Français ; nos institutions vont à vau-l’eau, malmenées par des décisions irréfléchies (dissolution de 2024) et des tactiques politiques (appel à la démission du Président de la République) au service de stratégies guidées par l’électoralisme plus que par l’intérêt collectif. Sans majorité , le Parlement s’est avéré incapable de constituer une coalition permettant de gouverner le pays.

L’Europe est en crise et peine à trouver le bon chemin pour s’adapter à un monde où le retour aux rapports de force et d’agression dans les relations internationales crée l’instabilité et où ses divergences d’intérêt l’empêchent de riposter aux oukases d’un populiste américain hostile à ses valeurs et qui ne rêve que de la vassaliser.

Le monde est en crise, avec une ONU impuissante et minée de l’intérieur par la constitution d’une ligue  d’États puissants et totalitaires qui recherchent des convergences pour dépouiller les faibles ; et partout, la primauté affirmée de la force sur le droit.

Face à ces crises, il ne suffit pas de gérer les échéances strictement nationales des 8 et 10 septembre, mais s’attaquer dans nos pays, en France et en Europe à l’inadaptation fondamentale  de nos modèles, héritées d’une après guerre révolue, aux nouveaux rapports de force mondiaux et européens .

POLLEN, cercle de réflexions politiques et sociales, lance un appel aux dirigeants de notre pays et de l’Union européenne, pour qu’ils s’engagent dans la définition d’un tel projet.

I.  Ce projet doit consister à remettre de l’ordre dans la maison France

Rester obnubilé(e) par le bouclage du budget 2026 n’est pas suffisant. Il faut tracer la perspective d’un redressement, comportant des réformes structurelles pour retrouver des finances saines, une fiscalité mieux équilibrée et des mesures de relance économique et de progrès sociaux durables.

Le diagnostic global posé par les deux derniers Premiers ministres est incontestable, même si les moyens imaginés pour en sortir peuvent être discutés, voire critiqués.

Mais nous ne pouvons pas, comme des observateurs non engagés, refuser d’en reconnaître la pertinence et les risques de plus en plus rapprochés pour notre pays, ou nous limiter à en critiquer le rythme et les ordres de grandeurs.

Le Cercle POLLEN considère qu’un effort d’une vingtaine de milliards d’euros par an serait nettement insuffisant pour stabiliser la trajectoire de notre dette et eviter à la France une prise de pouvoir , de fait , par la finance internationale , alors que tel est bien le sujet.

Et POLLEN met en garde contre les simulations articulées par le Parti Socialiste, dont les 22 à 27 milliards de recettes fiscales prélevées sur les riches (15 milliards pour la seule taxe dite Zucman) sont une illusion : s’il existe effectivement du « grain à moudre » du côté de la fiscalité des hauts patrimoines et des plus-values, et de la justice sociale en général  le rendement de telles mesures ne dépassera pas 4 ou 5 milliards d’euros.

C’est une contribution générale et durable du pays à l’effort de redressement de nos finances publiques et de sauvegarde de notre modèle social, nécessitant une contribution proportionnée des différenets catégories sociales, qui est indispensable  

Dans ce cadre, maintenir inchangé notre système fiscal est un mauvais choix, tant il est perçu comme inéquitable et pesant inconsidérément sur notre outil productif.

POLLEN a formulé des propositions [1]  qui comportent, entre autres, une meilleure prise en compte des patrimoines dans les règles d’imposition, en droite ligne avec l’article XIII de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen qui impose une contribution aux charges publiques « également répartie entre tous les citoyens en raison de leurs facultés », donc ne se limitant pas aux revenus, mais tenant compte également du patrimoine.  

POLLEN n’a cependant, pas proposé une taxe analogue à celle de M. Zucman, mal conçue et aux impacts non évalués, mais un impôt général sur le patrimoine, à faible taux et à large assiette, assorti d’une réforme du régime des successions les plus importantes (plafonnement des « Pactes Dutreil »).

Ces efforts, avons-nous pensé, les hauts patrimoines pourraient s’en libérer via la souscription à un emprunt non remboursable et partiellement obligatoire, destiné à résoudre les difficultés de financement de certains investissements, notamment dans le secteur de la défense[2].

Ces propositions permettraient raisonnablement de collecter 2,5 à 3,5 milliards d’euros, ce qui serait un ordre de grandeur significatif et, surtout, permettrait de donner le signal politique d’un effort particulier demandé aux plus fortunés.

D’autres mesures sont possibles et souhaitable, par exemple concernant l’assurance-vie ou les holdings de défiscalisation des revenus. Pollen demande aussi un retour à l’autonomie fiscale des collectivités locales, mise à mal par une prétendue abrogation de la taxe d’habitation qui, en fait, n’a rien abrogé mais seulement substitué le contribuable national au contribuable local[3].

Enfin, pour cesser de peser sur l’emploi et dégager des marges de manœuvre en faveur des salaires et des investissements productifs, Pollen estime que le temps est sans doute venu du transfert d’une part des prélèvements obligatoires vers la TVA, pour laquelle nous avons des marges de manœuvre par rapport à nos partenaires européens et qui, au passage, nous permettrait de récupérer une (toute petite) partie de ce que nous avons abandonné à l’Amérique de Trump. Ce changement d’assiette du financement  de notre modèle social doit pouvoir s’accompagner d’une hausse généralisée des salaires nominaux, éventuellement incitée par une hausse du SMIC, sans affecter le financement d’une securité sociale tout aussi protectrice et  plus redistributive .

Restaurer nos finances publiques permettrait non seulement de réduire la ponction budgétaire de nos créanciers (premier poste de dépense publique) et de ne plus transférer aux générations futures le poids d’une dette qui doit être constamment refinancée, mais aussi :

  • d’organiser une baisse raisonnée des prélèvements obligatoires, favorisant la réduction des subventions accordées aux entreprises, donc rompant avec la logique bureaucratique qui fiscalise d’abord et redistribue ensuite de façon non conditionnée ;
  • de financer les infrastructures indispensables à la sécurité et au bien-être des générations futures, y compris des équipements de défense ainsi que nos   infrastructures énergétiques ,  de transport et de services publics de santé , d’education et de recherche  , pour restaurer notre indépendance et lutter contre le changement climatique, en combinant l’efficacité du nucléaire et le potentiel d’innovation des énergies alternatives ;
  • d’accompagner une stratégie de compétitivité pérenne, axée sur l’amélioration de l’offre, afin de restaurer notre indépendance ; au passage, l’argument consistant à refuser tout plan d’assainissement de nos dépenses publiques  au prétexte de leur  effet récessif, s’il doit etre précisément documenté , doit etre mis en balance avec les economies d’interets de la dette et les gains  de confiance qu’il suscitera de la part des entreprises et des partenaires internationaux de la France.   
  • et, surtout, de supporter le coût de notre protection sociale.

Nous devons, en effet, engager une réforme de “rupture”, audacieuse, de notre système de protection sociale, pour qu’il conforte la protection qu’exige le soutien aux plus défavorisés, mais retrouve sa vocation essentielle de couverture des risques vitaux de l’existence et de revenus différés de solidarité nationale, et ne soit plus considéré comme un revenu alternatif à celui du travail .

Nous devons ainsi nous attacher résolument à réformer les conditions du départ à la retraite[4] et les modalités de son financement, en introduisant progressivement des mécanismes de capitalisation au service d’un système de retraite par points.

Nous devons revoir l’équilibre général de nos dépenses de santé, accorder une priorité absolue à la prévention et utiliser les outils disponibles (meilleure régulation des autorisations de dépassements d’honoraires, accroissement du rôle des professionnels paramédicaux, etc.), afin d’améliorer l’offre de soins dans les territoires, sans exclure une nationalisation de la medecine  , si les syndicats professionnels de médecins continuent à refuser tout systéme de quotas  territoriaux  .

Nous devrions, enfin, configurer une protection sociale moins universaliste , mais plus essentielle et redistributrice,  tenant mieux compte des types de maladies et  des capacités contributives partielles des bénéficiaires.

De telles réformes seront difficiles à faire accepter, mais permettraient d’introduire plus de justice et de solidarité en faveur de ceux qui en ont le plus besoin, limitant les transferts bénéficiant aux plus aisés, donc incitant à moins consommer, notamment en médicaments ou soins de confort, au lieu de recourir à la facilité de tout fiscaliser, y compris la suppression, pour tous, du  « reste à charge ». Retraite et santé représentent, à elles seules, la moitié des dépenses financées en France par des prélèvements obligatoire, et sont partiellement solvabilisées par l’endettement public  . Leur ajustement, via une « année blanche » et une réorientation en faveur des plus défavorisés, constitue donc un pan incontournable du redressement financier du pays.

Une autre révolution doit toucher la décentralisation. Elle suppose de réformer le « pudding » territorial[5] qui est , quoiqu’en disent  les lobbies d’elus locaux un facteur majeur de superposition de l’intervention publique ,de recrutements bureaucratiques intarissables et  redondants , et de prélèvements fiscaux superflux (transférés ou non à l’Etat) .

Il ne s’agit pas de remettre en cause la décentralisation qui a fait ses preuves dans bien des registres , mais 40 ans après son instauration , d’en dresser un bilan objectif , et de la réfomer profondement en privilégiant sa valeur ajoutée de proximité , en cessant d’en faire un transfert de charges  opportuniste et brouillon de l’Etat , et en la remettant en mouvement , en supprimant un niveau d’administration publique , en clarifiant les compétences respectives de l’État et des collectivités locales, ainsi que de ces dernières entre elles, redonnant aux élus locaux intermédaires ( les municipaux y satisfaisant déjà en première ligne )  une  responsabilité assumée et identifiée , dans la transparence, devant leurs électeurs[6].

Enfin, les citoyens attendent une meilleure prise en compte de leurs préoccupations en matière de sécurité du quotidien, ce qui impose une meilleure efficacité de la « chaîne pénale », voir une redéfinition des priorités de notre modèle éducatif, notamment pour les plus jeunes. Ils exigent aussi la redéfinition, dans la transparence, des choix offerts et des mesures mises en œuvre pour aboutir à une immigration raisonnée. Sur ce point, il ne suffira pas de proclamer, comme beaucoup de politiques le font, « il n’y a qu’à ». Il faudra articuler des actions concrètes, nationales et européennes, permettant de réguler les flux migratoires, dans le respect du droit international et d’un droit d’asile modernisé  mais en sachant adapter certaines dispositions, comme des pays nordiques l’ont fait, en matière de regroupement familial et d’intégration.

De telles réformes nous permettraient d’adapter notre société à la nouvelle donne résultant des évolutions géopolitiques auxquelles nous sommes confrontés : abolition des empires coloniaux, fin des « 30 glorieuses », déclin de l’Occident, reflux mondial du multilatéralisme et recul de l’état de droit dans le monde, découplage militaire de l’allié américain, défi climatique, impossibilité d’un laxisme budgétaire protégé par l’euro, délocalisation des productions matérielles industrielles et agricoles, etc. Du point de vue de Pollen, ces réformes sont la condition d’une préservation des aspects fondamentaux de notre modèle de société, du respect de nos cultures et modes de vie, représentatifs de notre diversité.

Pour la France , cela signifie qu’elle ne peut plus compter que sur elle-même , après des siècles de rayonnement et d’influence internationale de premier plan qui lui permettaient un accès facile et privilégié aux matières premières et aux énergies fossiles dont elle ne dispose pas pour ses besoins vitaux.

II.  Ce projet doit aussi remettre de l’ordre dans la maison Europe

Deux priorités, pour y parvenir :

  • « Pas d’élargissement sans approfondissement ! ». Cela signifie que nous devons, certes, offrir aux pays candidats notre soutien et des mesures d’aide pour faciliter leur intégration ultérieure, mais que nous devons refuser d’alourdir encore le nombre d’États membres, donc les procédures et mécanismes institutionnels d’une Europe qui ne sait plus, aujourd’hui, décider rapidement et efficacement. Hum ! ….
  • « Ce qui ne peut pas se faire à 27 doit être réalisé en mode pionnier ». Cela fait près d’un quart de siècle que cette idée a été formulée[7]. Elle doit désormais s’incarner, dans les politiques opérationnelles de défense et de sécurité, dans le rapprochement de nos politiques financières, budgétaires et fiscales, ou dans la défense de nos intérêts commerciaux internationaux. Les mécanismes institutionnels doivent faciliter ces coopérations renforcées, au lieu de les entraver.
  • Enfin , face au bouleversements géopolitiques , à l’implication d’une grande puissance continentale et nucléaire dans une guerre d’agression sur le sol européen, aux contestations croissante des valeurs et du modèle démocratique occidental dans le monde, et à la volonté nouvelle de l’allié américain de distendre le lien transatlantique, l’Europe est placée, pour la première fois depuis la guerre, devant le dilemme de s’assumer ou de se soumettre à des rapports de force brutaux qui menace sa construction et sa liberté.
  • Elle doit en particulier se doter d’un défense européenne autonome à coté de l’UE , par un nouveau Traité constitutif d’un «  Otan européen, dans l’Otan » reposant sur un complexe militaro industriel européen et assurant, sous l’égide de la France et du Royaume-Uni, la protection nucléaire de tous ses membres.  

    Au final, l’appel de POLLEN vise un retour aux conditions d’une autonomie réelle de la France, dans un ensemble européen librement consenti et collectivement géré, sans illusion sur notre défunt statut de grande puissance, mais en retrouvant notre savoir-vivre et notre savoir-être, et en renouant avec l’action reconnue de notre Nation pour la promotion des droits de l’Homme et de la solidarité.

  1. https://cercle-pollen.org/2024/01/19/cinq-propositions-de-pollen-pour-une-fiscalite-plus-equitable/
  • https://cercle-pollen.org/2025/07/21/pour-financer-notre-defense-et-la-gestion-du-risque-climatique-un-emprunt-non-remboursable-et-partiellement-obligatoire/
  • https://cercle-pollen.org/2025/01/08/tribune-les-echos-territoires-faire-une-reforme-fiscale-qui-responsabilise-les-elus/
  • https://cercle-pollen.org/wp-content/uploads/2022/05/Age-de-depart-en-retraite.pdf.
  • Expression mieux adaptée que celle du « millefeuille » : si on essaye d’enlever des strates d’un pudding, cela reste du pudding
  • https://cercle-pollen.org/2024/01/19/nos-propositions-sur-la-decentralisation/
  • https://www.institutmontaigne.org/publications/leurope-presence-tome-2-une-coherence-institutionnelle-retrouvee

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